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Shin Takahashi (Larme ultime, Ii Hito, Kimi no Kakera, ...)
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herbv
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Inscrit le : 28 Août 2002
Localisation : Yvelines

Message Posté le : 02/09/05 14:56    Sujet du message: Shin Takahashi (Larme ultime, Ii Hito, Kimi no Kakera, ...) Répondre en citant


Larme Ultime (Shin Takahashi – Delcourt – Série terminée en 7 volumes)

Shûji et Chise forment un couple de lycéens presque ordinaire. Chise est une jeune fille introvertie et fragile, tandis que Shûji joue les machos pour mieux cacher l'émotion que la maladresse de sa petite amie lui provoque. Cette dernière le convainc un jour de faire un échange de journal intime, comme cela se fait couramment au Japon : Chise et Shûji y écrivent chacun leur tour, un jour sur deux. Cela va permettre à Shûji, le personnage principal, de découvrir celle qu'il commence à aimer... et son terrible secret. Nous sommes en pleine guerre hyper-technologique. Étrangement, la ville de province où vivent les deux héros est peu touchée par les bombardements et tous les habitants mènent une vie relativement paisible. Pourtant, cette guerre va faire irruption dans la vie de chacun, et de manière brutale dans celles de Shûji et Chise : bien qu'humaine, Chise est habitée par une arme destructrice contre laquelle elle ne peut rien. (Source : Site Delcourt)

Cette série a recueilli des avis très contrastés lors de sa sortie, certains lecteurs étant rebutés par le caractère excessivement pleurnichard de Chise et par un dessin tout à fait personnel du mangaka. A l'inverse, d’autres étaient charmés par la subtilité des rapports humains qui se cachent derrière des réactions naïves, pour ne pas puériles dans certains cas, et par un dessin multiforme sachant allier esquisses légères, dessins fouillés, parfois très mignons, d'autre fois, très réalistes. Il est certain qu’il s’agit d’une oeuvre qui ne laisse pas indifférent, que la réaction soit un fort rejet ou une adhésion, qui peut être plus ou moins rapide, à la démarche de l’auteur.


Volume 1 :
L’introduction donne immédiatement le ton. Avec une voix off narrant au passé de superbes dessins de paysage, l’intensité dramatique est immédiatement présente. On sait que ces lieux ont vu un drame se produire, drame qui nous est rapporté par le narrateur. Les quatre premières pages sont formidables de maîtrise narrative : alternance de plans larges et de gros plans, angles de vues divers, y compris subjectifs, une voix off qui fait lentement place aux dialogues, on est plongé dans l’histoire de Chise et de Shûji de façon magistrale.

C’est ensuite que cela peut se gâter. Le premier chapitre s’attache à nous montrer l’idylle naissante entre nos deux personnages. Mais le côté tête à claque de Chise peut agacer rapidement et faire sortir le lecteur de l’histoire. Et pourtant, même si elle est un peu trop appuyée, cette attitude parait tout à fait crédible du fait de l’éducation reçue par Chise, comme on le verra au fur et à mesure de la lecture des volumes. Elle a intériorisée une prétendue faiblesse de caractère, la persuadant ainsi de son insignifiance, lui faisant perdre toute assurance. Cette intériorisation est la force qui permet à l’armée de garder le contrôle sur son "Arme Ultime".

De même, le côté hautain, dur de Shûji, très agaçant lui aussi dans son genre, est tout à fait crédible du fait qu’il s’agit d’une carapace qu’il s’est fabriqué pour se protéger de ses propres sentiments. Et là, aussi, petit à petit, on découvrira pourquoi il a une telle attitude et, avec lui, on la comprendra et on assistera à son évolution. Mais il sera plus difficile d'apréhender son caractère car n'oublions pas qu'il s'agit du narrateur, et il est toujours plus difficile de se comprendre soi-même que les autres.

Outre des personnages principaux qui peuvent être difficilement supportables, le dessin peut être un autre frein à la lecture de la série. Sur une même planche, Shin Takahashi peut alterner un paysage soigné, rendant un effet quasi photographique à la scène par un usage maîtrisé des trames et un dessin à la limite du crayonné. De même, le dessin peut être très naïf comme très réaliste d’une case à l’autre. Mais cela participe à rendre une atmosphère, à rendre une impression de chaos dans la vie de Chise et Shûji. Nous avons là deux adolescents en pleine crise, plongés dans un mode en guerre. Ils sont en train de quitter leur vie innocente d’enfant pour découvrir le monde des adultes. Leur naïveté est en train de céder petit à petit sa place devant l’irruption de la dure réalité. Les dessins naïfs, peu travaillés rendent superbement ce monde enfantin dont ils font encore plus ou moins partie.

Les dessins crayonnés donnent aussi une impression d’onirisme à certaines scènes, comme par exemple la superbe double planche (pages 60 et 61) suivie par deux pleines pages sur la confrontation entre la nature cachée de Chise et l’ébahissement de Shûji. L’impact graphique de ces planches qui viennent terminer le chapitre 2 est incontestable. Nous avons aussi un autre exemple de la maîtrise graphique et narrative de l’auteur avec la septième partie du chapitre 3 composée de 20 pages, pratiquement toutes silencieuses. On vibre avec Shûji, on est saisi par son amertume, on comprend beaucoup de choses sur Chise, on pleure avec elle alors qu’il n’y a aucun dialogue. Incontestablement une des plus belles prouesses narrative qu’il m’est arrivé de voir dans la bande dessinée. Un très grand moment de lecture. Et cette géniale double page de Chise qui consiste en un simple crayonné, tellement poignante. On comprend que Shin Takahashi est génial. Et comme tous les mangaka géniaux, il faut plonger dans son univers, il faut avoir une sensibilité qui s’accorde avec la sienne pour que l’on soit touché. A l’instar d’un Tayou Matsumoto, son œuvre ne plaira pas à tout le monde mais en aucun cas, cela en fait un mauvais auteur. Et Larme ultime se révèle être une formidable série injustement décriée.

Quelques dessins de l'auteur : 1 - 2 - 3 - 4 - 5
(cliquer sur le chiffre pour afficher l'image)

Deux liens :
- La fiche mangaka sur Mangaverse
- Le site de l'auteur

A venir : Chronique sur le volume 2.
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herbv
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Inscrit le : 28 Août 2002
Localisation : Yvelines

Message Posté le : 03/09/05 14:05    Sujet du message: Larme Ultime Répondre en citant


Larme Ultime - Volume 2

Ce volume s’attaque au développement de la relation amoureuse entre Chise et Shûji. Celle-ci va connaître un certain nombre de ruptures et de réconciliations tout au long des chapitres. La première rupture se produit dès la première page, lorsque Chise demande à son amoureux la question que tout le monde se pose envers l’être que l’on aime : « Ton premier amour, tu l’as connu quand ? ». Shûji ne sachant quoi répondre, étant honteux de son premier amour, a préféré se taire. Grave erreur comme il s’en apercevra ensuite mais comment agir autrement quand on ne sait pas ouvrir son cœur et son esprit aux autres, à exprimer ce que l’on ressent.

Il faut dire que l’irruption de ce fameux "premier amour" dans la vie de Shûji va compliquer singulièrement la vie de celui-ci. Fuyumi cherche à renouer le contact, étant délaissée par son mari, absent car étant parti sur le front de cette mystérieuse guerre. A cela, vous rajoutez les sentiments d’Akemi qui sont de moins en moins transparents et l’autodénigrement, le sentiment d’infériorité de Chise, et on comprendra que la vie sentimentale de Shûji va être tout sauf simple, surtout qu’il n’arrive pas à se comprendre et donc, encore moins à comprendre les autres. Sa seule certitude sera que son amour pour Chise est de plus en plus fort.

Comme le premier volume, un certain nombre de lecteurs pourront être agacés par le comportement des personnages de la série, Chise étant plus tête à claque que jamais au début de cet opus et le comportement irrationnel de Shûji, de ses hésitations perpétuelles, de son refus d’agir. De même, le dessin et la narration si spécifiques de l’auteur pourront en rebuter plus d’un. Mais l’histoire commence de plus en plus à se développer autour de notre pleureuse et son statut d’arme ultime. On va la voir sur le front, confrontée aux horreurs de la guerre, de la mort et des mutilations. Elle prend de plus en plus conscience de ce qu’elle est, de ce qu’elle devient et qu’elle tue. Ce développement continuera et sera même le centre du volume 3 qui est formidable et qui pourra convaincre ceux qui n’ont pas encore décroché de la série de ses formidables qualités.

Sinon, afin d’essayer d’apporter un certain éclairage à la série, je pense développer tel ou tel point qui m’aura plus particulièrement interpellé lors de la lecture de la série. Immodestement, je vais essayer d’apporter quelques clés de lectures, de compréhension, par exemple en quoi certaines exagérations, certaines situations excessives ne doivent pas énerver à la lecture mais doivent être replacés dans la culture japonaise et même dans un certain contexte. En effet, le comportement de nos deux amoureux peut sembler très exaspérant pour certains alors qu’il touchera d’autres. Mais avant toute chose, devant les hésitations, les doutes de Chise et de Shûji doivent être mis en perspective, celle de l’amour au Japon.

Plus qu’en Europe, au Japon, il est difficile d’exprimer son amour (même si l’influence des films occidentaux, américains principalement, fait évoluer les choses chez les jeunes). Outre la peur d’être ridicule, d’être rejeté, que tout le monde, quelque soit sa culture, peut avoir lorsqu’il exprime ses sentiments envers l’être aimé, les choses se compliquent pour les amoureux japonais. Il faut déjà se souvenir que, traditionnellement, on ne se touche pas, au Japon (pas question de se tenir la main, du moins en public, et encore moins de s’embrasser). Au sein de la famille, les contacts physiques ne se faisant pas, les jeunes ne sont pas préparés à une promiscuité physique avec l’être aimé. Et les sentiments passent plus par les actes que par les paroles. Le non-dit tient donc une grande importance dans la relation amoureuse. Et certaines situations que l’on pourrait trouver ridicule comme cette notion de baiser indirect (il y a un superbe exemple page 67) ou de la formidable victoire sur soi avec le simple fait de prendre la main de l’autre personne trouvent une certaine résonnance chez les lecteurs japonais.

(cliquer pour voir l'image en plus grand)
Lorsqu’on se ballade entre amoureux en public, il est de bon ton pour la fille de marcher légèrement en retrait de son copain. Marcher côte à côte en se tenant la main est souvent vu comme un comportement d’étranger (rappelez-vous que, globalement, sans aller le traiter de raciste, le japonais est assez renfermé par rapport au monde extérieur), plutôt vulgaire, dont on devrait avoir honte. Or, la honte (et son corollaire, l’honneur) est un puissant mécanisme de cohésion sociale, moteur d’obligations morales contraignant à adopter un certain nombre de comportements jugés acceptables.

Pour mieux appréhender le comportement hésitant de Shûji, il faut aussi avoir en tête que l’homme japonais a, culturellement, du mal à parler de ce qu’il ressent car, traditionnellement dans les sociétés patriarcales, l’homme doit être fort, il doit intérioriser ses doutes et ses questionnements, il ne doit rien laisser apparaître. Shûji, par son comportement dur envers les autres, par l’impression de vide qu’il dégage, surtout dans le premier volume (Chise renvoie une impression de vide pour d’autres raisons qui seront développées ultérieurement). A cela, on ajoute les tourments physiologiques et psychologiques que subissent tous les adolescents (ce point sera abordé dans la série et dans une prochaine chronique lorsque l’attirance sexuelle augmentera entre nos deux amoureux), et on comprend mieux certains comportements qui peuvent sembler traité de façon outrancière par le mangaka.

Quelques liens :
- Sujet dédié au manga Larme Ultime dans les archives où les discussions ont été assez virulentes et les anti se sont fait lourdement entendre. Très rigolo à lire.
- Sujet dans Tribune Libre sur les Us et coutumes du Japon.
- Dossier consacré à l'amour au Japon sur le site nihon-fr
- Site Plaisir d'amours dédié à l'amour avec quelques pages consacrées à la Chine et au Japon.

Prochainement, la chronique du volume 3.
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DCR
Mangaversien(ne)


Inscrit le : 10 Oct 2002
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Message Posté le : 03/09/05 14:54    Sujet du message: Répondre en citant

Chapeau bas! Je ne sais plus pourquoi mais j'étais persuadé que tu détestais cette série. Embarassé

A propos du côté petites fille niaiseuse de Chise: je trouve que cet aspect du personnage est pour beaucoup dans l'émotion que transmet ce manga. Certaines de ses réponses à Shûji, ou certains passages de son journal, exprimés de façon timide et anodine, sont comme des coups de poignard: "je me suis habituée" dit-elle à propos du fait de massacre des milliers de soldats, "ne t'inquiète pas, ils n'ont pas souffert".

Larme Ultime est une vraie merveille devant laquelle Kimi ni kakera, le dernier manga de Takahashi fait pâle figure. L'histoire se déroule dans un pays situé au fond d'une crevasse, recouvert pas une neige qui ne fond jamais. L'héroïne est une princesse (mais du genre Sarah) qui quitte son rôle de souillon lorsque débarque chez elle un garçon particulièrement fort, poursuivi par l'armée. Elle s'enfuit avec lui, et tous deux tombent dans le monde d'en dessous (le royaume ou vit la princesse est au sommet d'une sorte de pic). Là, notre princesse découvre un monde plus compliqué qu'elle imaginait, avec des rebelles crevant de faim et une armée préparant la construction d'une machine infernale.
Une histoire lue ou vue 100 fois, donc, et des personnages qui manquent un peu d'originalité (bien qu'ils soient attachants). Pourtant, le manga se rattrape par son atmosphère de compte de fée: une princesse souillon, un pays condamné à une mort lente car recouvert petit à petit par la neige...Sans parler de la quête de l'héroïne qui espère trouver cette chose fabuleuse dont parlent les légendes, le soleil, pour en ramener un petit morceau à son petit frère. Les dessins de Takahashi, assez proches du style humoristique qu'il utilise parfois dans Larme Ultime (en plus travaillés), convient très bien à ce type de récit et dégagent une réelle chaleur malgré les paysages enneigés qu'ils représentent.
Bref, un manga sans prétention, décevant si l'on attend une ouvre à la hauteur de Larme Ultime, mais qui peut rester plaisant si l'on apprécie son atmosphère féérique.
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"Si ayant frappé quelqu'un sur une joue, il te tend l'autre, frappe-le sur la même, ça lui apprendra à faire le malin."

Cavanna
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herbv
Modérateur


Inscrit le : 28 Août 2002
Localisation : Yvelines

Message Posté le : 10/09/05 12:44    Sujet du message: Larme Ultime Répondre en citant

Merci DCR. Pour Kimi no Kakera (ou toute autre série de l'auteur), je ne pourrais pas porter de jugement pour l'instant. Il va falloir attendre leur éventuelle parution en francophonie. Mais attaquons-nous au 3ème volume de la série.


Larme Ultime - Volume 3

Un tremblement de terre important vient de frapper la petite ville si tranquille où vivent Shûji et Chise. Grâce à cette dernière qui l’a senti venir, la plupart des lycéens ont pu évacuer avant le séisme. Mais devant ce danger, elle a eu une réaction d’autodéfense inconsciente qui a en partie détruit le bâtiment. C’est de ce type de réaction qu’elle avait eu le plus peur et à juste titre. Parti à sa recherche dans les décombes, Shûji la retrouve inanimée et nue. Il lui porte secours et reste auprès d’elle, ce qui se conclue par des torrents de larmes, les deux pleurant pour des raisons qui leur sont propres. C’est alors que les militaires viennent chercher leur "Arme ultime" …

Dans ce troisième volume, l’histoire de Chise démarre réellement. Petit à petit, elle prend conscience de sa puissance, de sa condition d’arme de destruction massive. Petit à petit, elle va perdre de sa passivité et exploiter de plus en plus ses capacités à son profit. Malheureusement, cette évolution va se faire au détriment de l’amour, chose que Shûji supportera mal, surtout qu’il doit résister aux avances de plus en plus nettes de Fujiyumi. Le ton de l’histoire change petit à petit, la guimauve douce et sucrée des débuts est remplacée petit à petit par l’amertume de la cendre, celle des morts sur le champ de bataille, comme nous l’envoie en pleine face le chapitre Sur cette planète (1). La mort, incarnée en Chise, arrive...

Voici donc un volume pivot dans la série. Shin Takahashi a terminé de planter le décor, de présenter ses personnages principaux, de mettre en place une atmosphère. Il entre dans le vif du sujet, celui de la guerre et de son cortège d’horreurs. Il montre les militaires sous un jour peu glorieux, celui de la vie et de la mort, mais pas pendant les combats. On ne voit rien de ceux-ci, on n’est présent auprès d’eux qu’avant ou après l’engagement, pendant l’attente angoissante de l’avant combat ou pendant les douloureux moments de l’après bataille où l’on retrouve les camarades morts ou moribonds. Mais cela n’est pas encore le sujet principal de la série, il faudra encore attendre un peu. Dans l’immédiat, on va assister surtout à l’évolution des relations entre Shûji et Chise ainsi qu’à la transformation intérieure de cette dernière.

Sinon, voici une nouvelle illustration :

(cliquer pour avoir l'image en plus grand)

et une chronique de la série faite sur Nihon-fr.

Le focus du volume 3 portera sur le caractère de Chise : Mais pourquoi est-elle aussi pleureuse ?
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Gally
Modératrice


Inscrit le : 04 Nov 2002
Localisation : Là où l'herbe est moins verte

Message Posté le : 10/09/05 19:15    Sujet du message: Répondre en citant

DCR a écrit:
Chapeau bas! Je ne sais plus pourquoi mais j'étais persuadé que tu détestais cette série. Embarassé


Ce qui était le cas à la sortie du truc. J'ai des preuves ! (un jour Herbv va se mettre à aimer Urukyu et là je vais plus comprendre). En tout cas ça montre bien ce que j'ai toujours dit...
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herbv
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Inscrit le : 28 Août 2002
Localisation : Yvelines

Message Posté le : 10/09/05 21:32    Sujet du message: Non Répondre en citant

Non, j'ai toujours eu un avis neutre sur la série avant que je ne me mette à la lire (un prêt car je dois avouer que je n'ai pas acheté Larme Ultime). Par contre, une fois, si j'ai bien retrouvé à quoi tu fais référence, Gally, j'ai asticoté Morgan à ce sujet et à la chronique qu'elle devait faire (et qu'elle n'a jamais fait). Mais je blaguais, hein ! Sourire Ou alors, tu confonds avec Key...
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herbv
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Inscrit le : 28 Août 2002
Localisation : Yvelines

Message Posté le : 10/09/05 22:52    Sujet du message: Larme Ultime Répondre en citant


Chise : Mais pourquoi est-elle aussi pleureuse ?

A la lecture du premier volume, on peut penser beaucoup de mal de Chise. Par exemple, on peut avoir l'impression qu'elle est "tellement cruche qu'elle n'ose pas parler à son mec (...) et qu'elle est assez conne pour faire partie d'un programme de recherche sans avoir demandé avant en quoi ça consistait" (© Gally). On peut aussi être exaspéré par le fait qu'elle pleure souvent. En fait, Chise est petite, elle a peur de tout, elle est lente, maladroite, elle a de mauvaises notes en classe, elle demande toujours pardon et se dit continuellement qu'elle veut devenir forte. Mais loin d'être une maladresse de l'auteur, cette description correspond à une véritable démarche, peut-être un peu trop appuyée au début, qui se trouvera justifiée au fur et à mesure des chapitres, notamment lors des touchantes lectures du journal commun qui deviendra rapidement celui intime de Chise.

Certes, Chise pleure beaucoup. Mais on peut trouver plusieurs bonnes raisons à ceci. Cela permet à Shin Takahashi de définir rapidement l'impression première que doit renvoyer le personnage de Chise. Comme il l'explique lors de sa première et de sa dernière postface, la série ne devait faire que deux à trois volumes. Il fallait donc aller vite pour planter le décor. D'où des personnages et des situations un peu trop appuyées au début. Mais l'auteur a su changer son fusil d'épaule (comme on dit et cela va bien pour parler d'une série guerrière) et faire durer la série le temps dont il avait besoin pour mener à bien son histoire d'amour.

Chise doit donner l’impression d’être faible au début, et quoi de mieux que quelqu’un qui pleure pour un rien. Pleurer est assimilé à une faiblesse dans nos sociétés et seules les femmes peuvent pleurer car elles sont faibles de caractère. C’est un lieu commun que tout le monde a en tête. Cela permettra ensuite de bien mettre en opposition sa nature humaine avec sa condition d’arme ultra puissante. On a là une dualité rapidement perceptible. C’est quelque chose que l’on peut regretter et à laquelle il ne faut pas trop s’attacher car les choses changent assez radicalement à partir du volume 3.

Autre chose, pleurer est aussi une façon de communiquer. Chise se sous-estime très fortement et a beaucoup de mal à s’exprimer, surtout lorsqu’il s’agit d’amour, de se dévoiler, de se mettre à nu, littéralement. Elle doit supporter le poids d’un secret militaire qui lui fait honte et dont elle ne doit absolument pas parler. Du coup, le plus souvent, elle choisit donc la facilité, celle que la société humaine lui a donné : pleurer. Elle communique ainsi son trouble à son entourage, que ce soit Shûji ou les militaires. De plus, ça participe à l’intériorisation de son infériorité. Le manga développe bien les raisons de son manque de confiance en elle. Entre un père tyrannique et un conditionnement militaire, tout est fait pour ne pas lui laisser d’autonomie intellectuelle. On peut y voir aussi les raisons de ses mauvaises notes au lycée. N’oublions pas qu’il s’agit d’une arme ultime aux pouvoirs terrifiants qu’il faut absolument contrôler.

Une partie du journal commun est éloquent sur ce point : « Pourquoi me suis-je retrouvée avec un tel corps ? J’ai peut-être fait quelque chose de mal ? C’est peut-être une punition ? Par exemple ce serait pour me punir d’être faible et de toujours me faire protéger par les autres sans rien leur donner en retour » ( volume 1, page 88 ). Comme déjà dit, rien ne vaut l’intériorisation d’une soi-disant infériorité pour ne pas être maître de soi-même. La honte de soi, voilà quelque chose qui trouvera un certain écho chez tous les gens complexés car ne répondant pas aux normes sociétales qui s’imposent à eux. Toute cette problématique se retrouve alors symbolisée dans les pleurs à répétition de Chise qui exprime ainsi son désarroi devant des les exigences d’une société moderne qui exige tant d’elle.


(les deux images sont cliquables pour les voir en plus grand)

Prochainement, la chronique du volume 4.
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Laurent
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Message Posté le : 06/10/05 11:23    Sujet du message: Répondre en citant

Bon, je me sens un peu obligé de poster ici suite à mes interrogations dans le topic "Besoin de conseil".

Comme vous le devinez probablement j'ai donc lu "Larme ultime" et en ai retiré une appréciation très positive. Je manque de temps pour développer et j'espère pouvoir revenir en parler ici dès que possible, mais disons déjà que j'y ai trouvé l'intensité dramatique que le titre laissait supposer. Comme je me suis envoyé les sept volumes d'une traite, j'ai quand même fini par saturer un peu vers la fin, par trouver ici et là quelques longueurs. Et je suis un peu désorienté par la fin également. Pour le dessin, Shin Takahashi est souvent - à mes yeux - capable du très bon, comme du plus passable (le visage patatoïde de Shûji), mais abuse un peu des dessins en SD.

En résumé, je suis content de ma lecture, mais je crois que j'ai lu tout ça beaucoup trop vite ; j'ai l'impression d'avoir manqué des détails et je ne suis pas sûr d'avoir tout compris. Je m'y remettrais dès que mon agenda me le permettra.
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-- Peter Venkman
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herbv
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Inscrit le : 28 Août 2002
Localisation : Yvelines

Message Posté le : 06/10/05 12:04    Sujet du message: Oui Répondre en citant

Effectivement, un avis développé de ta part serait des plus intéressants à lire. Pour ma part, j'ai un peu manqué de temps pour reprendre mes chroniques sur le titre mais je ne vais pas tarder à m'y remettre (si si Sourire).
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Minh
Mangaversien(ne)


Inscrit le : 20 Jan 2005

Message Posté le : 06/10/05 16:13    Sujet du message: Répondre en citant

Oui, le silence de ces derniers temps devenait inquiétant...
La fin lui aurait-elle déplu ? se questionnait-on
Les mauvais essayeurs de dissuasion en auraient-eu raison ? s'affolait-on

Deux questions rhétoriques simplement pour féliciter Laurent de s'être laissé tenter (et qu'effectivement, un avis de ta part serait des plus indispensables pour tous les indécis précautionneux et leur affirmer qu'acheter les Larme Ultime, c'est faire un bon placement pour l'avenir [faîtes l'amour pas la guerre] [entretenez votre journal intime au quotidien] !)
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herbv
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Inscrit le : 28 Août 2002
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Message Posté le : 11/02/06 20:22    Sujet du message: Larme Ultime Répondre en citant

On n’y croyait plus et pourtant… Voici la chronique du volume 4 de Larme ultime.


Larme ultime – Volume 4

Chise est de plus en plus absente du lycée, étant très prise par son "travail". De son côté, Shûji se sent de plus en plus incapable de faire quoi que ce soit pour elle, pour lui, pour les autres… Cette prise de conscience se fait alors qu’il se rend compte de ses difficultés à communiquer avec son entourage, Chise mais aussi Akemi, Atsushi et même sa mère. Suite à nouveau raid de l’aviation ennemie anéanti par l’Arme Ultime, une force mystérieuse et invisible aux yeux de pratiquement tout le monde, la période de vie suspendue dans lequel il était enfermé (tout comme le reste de la ville) prend fin. Comme le dit Shûji après le combat : « Les flammes finiront par s’éteindre et au petit matin, même les habitants de cette ville qui faisaient semblant de ne se rendre compte de rien ne pourront qu’admettre la "réalité" révélée à leurs yeux d’une manière des plus tangibles. » La guerre devient aussi une réalité pour son ami Atsushi qui s’est engagée dans l’armée pour défendre Akemi , son amour. Les événements vont alors se précipiter pour nos protagonistes. La fin du monde semble devoir s’approcher à toute vitesse.



Le volume 4 de Larme ultime est composé de deux parties distinctes. Une sur Shûji, ses questionnements, sa relation hésitante avec Akemi et une sur le front où l’on voit Chise qui y erre entre deux missions, évoluant de plus en plus vers quelque chose de totalement inhumain. Mais cette seconde partie se focalise aussi sur un personnage secondaire de la série, Atsushi, ce qui permet à l’auteur de nous montrer un autre point de vue sur la guerre. Il faut dire que celle-ci a été assez désincarnée, irréelle, lointaine jusqu’ici. Mais les choses vont changer, inexorablement et définitivement, comme on pourra le voir avec la suite de l’histoire. Cette évolution permet à l’auteur de nous proposer des moments poignants, très forts, à faire pleurer le plus endurcis des lecteurs. Ainsi, il réussit à faire une formidable série dramatique tout en nous proposant une histoire très riche dans son contenu et en rendant très vivant, très touchant ses personnages, même les secondaires comme le lieutenant Tetsu. Définitivement une des meilleures séries parues en francophonie.


(cliquer sur l'image pour la voir en plus grand)

Pour illustrer la richesse de la série et son évolution, le sujet du focus de ce volume portera cette fois sur la représentation de la guerre dans la série.
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herbv
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Inscrit le : 28 Août 2002
Localisation : Yvelines

Message Posté le : 13/02/06 00:31    Sujet du message: Larme Ultime Répondre en citant

La représentation de la guerre dans Larme ultime



Larme Ultime ne se contente pas de faire passer le message rebattu de "la guerre, c’est pas bien" mais propose une véritable représentation de la vie militaire et des combats. Nulle glorification de ces derniers, aucune esthétisation de l’acte de tuer n’est proposée par l’auteur, juste un désespoir et la résignation devant l’horreur de la mort. Et il est rappelé que la guerre tue surtout des innocents, combattants ou civils, au profit de certains, généralement bien à l’abri. Enfin, il est rappelé que c’est un engrenage infernal qui peut dépasser les prévisions, les stratégies mises en place du fait du modernisme grandissant de nos civilisations et des armes de plus en plus élaborées.


(cliquer sur l'image pour la voir en plus grand)

Shin Takahashi décide dès le début d’avoir un traitement réaliste de l’armée et de ses combattants. Si le ballet aérien du tout premier chapitre (pages 49 à 58 ) pourrait laisser penser que l’auteur va tomber dans le piège de la fascination visuelle des combats et d’une mise en scène grandiloquente de la guerre dans le but de fasciner, on s’aperçoit rapidement qu’il n’en sera rien. L’auteur conclue le combat par une scène où Shûji vomit (page 57) devant tout le sang d’une victime de la chute d’un avion, ce qui a pour effet immédiat de désamorcer l’effet de fascination créée par l’impact visuel du combat aérien. Mais ce n’est qu’à partir du volume 2 que la série commencera à approfondir le thème de la guerre en nous plaçant sur le front, chez le mystérieux ennemi que l’on devinera anglo-saxon du fait de la langue employée. Par le biais de deux planches très fortes de réalisme (pages 17 et 18 ), on peut vivre le désarroi de l’ennemi devant l’arrivée de la mort : « What is this war all about ? Why the fuck are we doing this !!?? » (C’est quoi cette guerre ? Pourquoi on fait ça, putain !). Ainsi, par petites touches, l’auteur va faire passer son message anti-guerre. Il va continuer à montrer la face noire de celle-ci en plaçant Chise parmi un campement de blessés placé sous les ordres du lieutenant Testu. Sans misérabilisme, bien en contraire car sachant placer de nombreuses scènes comiques qui renforcent ainsi l’impact des différentes situations dramatiques de blessés (ex : page 152 « Putain ! J’ai perdu ma jambe, ma jambe… », « J’ai mal ! Qu’est-ce que j’ai mal ! »). Avec le volume 3, la tension dramatique liée aux combats va monter d’un cran avec l’affrontement d’un groupe de soldat commandé par le lieutenant Testu dans la partie appelée Sur cette planète (1). Alors qu’ils avaient été sauvés dans le volume 2 par l’intervention de Chise, cette fois, ils doivent affronter seuls l’ennemi, sans son aide. La grande force de ce chapitre est qu’on ne verra pas de confrontation, juste sa préparation et son issue, c'est-à-dire le décès de la quasi-totalité du groupe de soldats. Et c’est sur une scène mélodramatique que se conclue cette nouvelle démonstration de l’horreur de la guerre.


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Mais Shin Takahashi ne s’est pas contenté de dénoncer la guerre et ses horreurs par quelques scènes bien sanglantes ou des phases de destructions grandiloquentes illustrant la puissance de Chise. Il a su aussi montrer une autre facette des conflits armés, celle de l’attente entre les combats, là où on n’a rien à faire d’autre que patienter avant de recevoir les prochains ordres. Ainsi, il a su accroître le réalisme et renforcer l’impact de sa représentation de la guerre dans sa série. Il suffit de lire la liste impressionnante d’œuvres se rapportant à la guerre, aux armes, à la stratégie, aux soldats, à la mort au combat, etc… dans la bibliographie indiquée en fin de volume pour comprendre que l’auteur a voulu ancrer son propos dans un certain réalisme. Dans le volume 3, c’est par le biais de deux planches toutes simples montrant un soldat en train de peindre sur son char une illustration appelant Chise à les sauver dans le plus pur style peintures de guerre de la Seconde guerre mondiale. Dans le volume 4, c’est en développant le personnage d’Atsushi et de son engagement dans les troupes armées. Sur moins d’une dizaine de planches, (de la page 111 à 118), on voit son arrivée sur le front. Mais surtout, c’est un peu plus loin dans l’histoire qu’on voit que la vie d’un soldat en campagne est surtout faite d’attente (pages 154 à 156 du volume 4, page 91 du volume 5), de longues gardes de nuit (page 166), de chocs comme celui de tomber sur des charniers (page 134) ou de s’apercevoir de la disparition d’un camarade (page 155). Ce réalisme se retrouve aussi dans la brièveté des affrontements lorsque l’ennemi passe à l’offensive dans le volume 5, dans l’impuissance des combattants, qu’ils soient aguerris comme le lieutenant Tetsu ou jeunes recrues comme d’Atsushi. Qu’ils défendent chèrement leur peau, qu’ils se terrent ou qu’ils se fasse abattre dès le début, le résultat est le même pour les soldats : la défaite par la mort…


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Laurent
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Message Posté le : 25/02/06 17:24    Sujet du message: Répondre en citant

Aidons un peu herbv à maintenir à flot ce topic !

J'ai donc entamé ma relecture de "Larme ultime", plus attentivement cette fois-ci. Seuls les deux premiers volumes ont été avalés pour le moment, mais ce qui me frappe à nouveau, c'est la grande maîtrise du mangaka dans sa mise en scène. Je peux comprendre que le type de dessin ne plaise pas à tout le monde, mais il faut reconnaître qu'au-delà de ça, sa manière d'amener le lecteur à peu près où il veut témoigne d'un grand talent. On userait des litres d'encre virtuelle à répertorier toutes ses prouesses graphiques ; autant recopier le manga. Bon, "prouesses" peut sembler exagérer, mais les belles trouvailles, les bonnes idées graphiques et les jolies cases abondent, le tout si possible au service du récit et/ou de l'émotion. Quelques exemples ? Bon, c'est bien parce que c'est vous. Emparez-vous de votre "Larme Ultime tome 1" (comment, c'est pas votre livre de chevet ?) et ouvrez-le à la page 81 : Chise vient de recevoir un nouvel ordre de mission et s'apprête à partir. Déjà les décors s'effacent, ne laissant que les traits des protagonistes esquisser à peine un visage souriant identique, mais des émotions opposées. On tourne les pages : Chise part en courant dans le blanc des pages, à peine meublées par la voix-off du Shûji, elle revient, part définitivement. Un peu plus loin, Shûji lit le journal commun puis court retrouver Chise dont on reverra le visage en sur-impression sur les lignes du journal : un très grand moment. Et c'est partout comme ça : ici un gros-plan sur des doigts qui s'enlacent, se frôlent, là une étreinte saisie sur le vif (page 141 du tome 1, case du haut : c'est pas magnifique ça !). Oui, des gros plans sur les yeux embués de larmes de Chise sont légions, mais font très souvent mouche tant ils sont dessinés généralement avec talent (et selon qu'ils touchent plus ou moins le coeur des grosses brutes que nous sommes... qui n'a jamais pleuré en regardant "Bambi" ?).

Bref, graphiquement, pas grand chose à jeter pour moi, mais c'est vrai que j'apprécie beaucoup la spontanéité de ces traits parfois à peine ébauchés. Tiens, tant que j'y suis, un autre bel exemple : page 157 (tome 1 toujours), case du haut avec le contraste entre un premier plan naïf au simple trait sur blanc et le décor réaliste fuyant derrière, ô temps suspend ton vole et toute cette sorte de chose. Les parties en super-déformé me fascinent moins. Elles semblent là, plus pour détendre l'atmosphère qu'autre chose. A ma première lecture, je les avais trouvée envahissantes. Elles m'ont moins dérangé à présent.

Parlons un peu psychologie des personnages maintenant. Le personnage de Chise est à mes yeux d'une grande originalité. Dit autrement : quelles seraient les états d'âme d'une bombe, d'un missile, d'une balle de fusil ? Que dirait un avion de chasse s'il pouvait penser ? Takahashi ne choisit pas la facilité en faisant de cette arme ultime une jeune lycéenne timide et maladroite, mais tant mieux pour la complexité du personnage. C'est quelque chose qui n'apparaît que progressivement dans le manga, mais Chise, sous ses airs naïfs, est une créature profondément traumatisée par sa nature d'arme de destruction massive, détestant sa fonction tout en étant incapable de lui / de se résister, telle justement la bombe déjà larguée ou le missile déjà lancée, apportant en tout innocence parce que sans l'avoir voulu, mais toujours inexorablement, la mort et la destruction. On peut trouver ce point du scénario irréaliste bien entendu (pourquoi ne pas poser de question avant de faire partie d'un tel programme militaire, etc..), mais je le prends pour une license poétique, une axiome de départ, une entorse au réalisme à laquelle l'auteur nous demande implicitement de croire dans le but de créer une situation psychologique fascinante. Voilà le point de départ, "une balle de fusil capable de sentiment", où cela peut-il poétiquement nous mener ? Dès lors l'histoire d'amour avec Shûji, en vertu de ce bon vieux binôme eros/thanatos intervient comme le contrepoint idéal, révélateur de toute le drame de l'existence de l'arme ultime.

Un petit thème annexe : les difficultés de communication entre les êtres. Exemple type : tome 1 page 44.
Chise : J'ai acheté des boissons fraîches (elle tient en main deux berlingots)
Shûji : Ah, c'est gentil (il saisit l'un des berlingot)
Chise : ... ...
Shûji : Hein ? tu voulais le jus de fruits, c'est ça ? Désolé.
Chise : Euh... non non, peu importe
Shûji : Mais non, tiens
Voix-off de Shûji : Entre nous, c'est toujours comme ça...
Exemple trivial peut-être, mais récurent néanmoins. Les protagonistes sont généralement incapables de se dire les choses en face. Chise le fait dans le journal commun, Shûji en voix-off (donc a posteriori). A mettre en rapport avec les exigences d'une société japonaise encore pétrie de convenance. Et sans doute d'autant difficile à vivre dans ce cas-ci où un secret militaire inavouable (qu'eux-même n'abordent qu'avec gêne) vient plomber les relations. Et puis aussi, un secret difficile à mettre en mots tout simplement : Chise est la seule de son espèce, comment peut-elle faire pour partager ce qu'elle ressent.

Bref, Takahashi s'est lancé dans le récit d'un amour difficile, avec une héroïne à la nature particulière, terreau propice à un drame des plus passionnants. Je m'en vais reprendre ma lecture. Je reviendrai en parler ici.
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herbv
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Message Posté le : 28/04/06 13:47    Sujet du message: Fragment Répondre en citant

Après le très intéressant texte de Laurent (merci pour cette excellente lecture) et avant que je ne m'attaque au 5ème volume de Larme Ultime (si si, ça ne devrait plus trop tarder), soyons un peu dans l'actualité et parlons de Fragment (Kimi no Kakera). Pour cela, je vais commencer par une petite présentation de la série et du premier volume.


Shin Takahashi - Fragment - Delcourt
Série en 5 volumes, non terminée au Japon.


Fragment se déroule dans un futur lointain où le monde est sur le point d'être enseveli sous la neige et où le soleil n'est plus qu'une légende. Il est divisé en deux avec le "monde d'en haut", celui du pouvoir, et le "monde d'en bas" où vit le peuple. Les deux sont enclavés par une haute muraille montagneuse et la neige ne cessant de s'y accumuler, ils sont promis à la disparition, ses habitants retardant toujours ce moment en surélevant régulièrement les bâtiments quand ils en ont la possibilité afin de ne pas être englouti. La vie est évidemment très dure dans un tel environnement, la nourriture et les sources de d'énergie étant rares.


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Il s’agit d’un royaume, partagé entre deux factions, le Palais (sensé être proche de la famille royale) et la Junte (le pouvoir militaire). Dans les faits, la royauté n'a plus aucune autorité, et les deux factions luttent pour s’accaparer du pouvoir. Le roi et la reine ont disparu dans des circonstances encore assez nébuleuses et il ne reste qu’Icolo, gamine surdouée de 13 ans. Mais bien que princesse, elle ne bénéficie d'aucun privilège en dehors de celui de pouvoir aller à l'école car elle sert de domestique au Palais et ne reçoit que du mépris de la part de son entourage à cause de son statut de "presköm". Elle vit avec sa grand-mère, l’intendante Sha, et son petit frère, Mataku. Celui-ci est aveugle et ne quitte jamais la cabane misérable qui leur sert de maison. Icolo le protège du monde extérieur et fait tout pour qu'il ne souffre pas de la misère dans laquelle ils vivent.



"Presköm" est un terme dont le sens originel s’est perdu au fil du temps et qui désigne maintenant des poupées à qui il manquerait une pièce dans la parure. Par extention, il s’applique de façon péjorative à un certain type d’individus qui ne peuvent ressentir certaines émotions, à qui il manque un "fragment" de personnalité. Ils sont donc considérés comme des sous-hommes. Normalement, on les tient à l'écart, mais la princesse étant une "presköm" (il lui manque la joie, la seule émotion qu'elle arrive à exprimer passe par les larmes), le Palais ne peut pas l’écarter, même en l’absence du couple royal, mais se comporte de façon ignoble à son égard.

Icolo va être amenée à rencontrer un autre "presköm", un jeune garçon au passé mystérieux, aux cheveux blancs et aux poignets entravés par des chaînes qu’elle va nommer Blanco. Il ne connaît ni la tristesse ni la douleur. Il souffre aussi de troubles de la mémoire étant incapable de conserver la plupart de ses souvenirs, même récents, à de rares exceptions près. Naïf, spontané, donné d’une force sans équivalent, ses rares connaissances lui viennent de son "grand-père" (en fait, c’est un vieux monsieur qui l’a recueilli et l’a élevé) et qui lui a appris à demander aux gens qu'il rencontre s'ils sont ses " ennemis " ou ses " amis " (Icolo sera la première à répondre "ami") afin d’affronter ses les uns et à protéger les autres.



Le volume 1 commence avec l’attaque d’un train de marchandises qui transporte un "presköm" mais celui-ci provoque une explosion qui tue à peu près tout le monde. Un an plus tard, l'incendie provoqué par la destruction du train ne s'est toujours pas éteint. La princesse Icolo vit une journée comme les autres, partagée entre ses études et les tâches harassantes au Palais (corvées de nettoyage du sol, préparation du repas des gens du palais, etc…) avant de pouvoir rentrer dans sa cabane s'occuper de son jeune frère. Mais un mystérieux garçon fait irruption chez elle, poursuivi par trois soldats de la Junte qui cherchent à s’en emparer. Les choses tournant mal et craignant pour la vie de son jeune frère, Icolo fuit avec ce garçon en entraînant les militaires à leur poursuite. Mais acculés par ces derniers, ils tombent dans le "monde d'en bas" et trouveront refuge dans un mystérieux temple moins désert qu’il n’y paraît...



Prochainement : Analyse du volume 1
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herbv
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Message Posté le : 08/05/06 15:49    Sujet du message: Larme Ultime Répondre en citant

En attendant de revenir à Fragment, voici la chronique du 5ème volume de la série Larme Ultime.


Larme ultime – Volume 5

Le volume 5 de Larme Ultime se place dans la prolongation immédiate du précédent et l’on y retrouve dès les premières pages une Chise perdue, ne sachant plus ce qu’elle est, ce qu’elle va devenir. L’amour lui semble pouvoir être une attache permettant de rester humaine mais la peur de tuer Shûji l’a fait fuir ce dernier. Pour résoudre ce dilemme, aimer et rester humaine ou alors devenir totalement une arme de destruction massive, elle va développer une relation avec Tetsu, ce qui ne peut pas poser de problème plus tard puisqu’il va mourir comme les autres. Pendant ce temps, Shûji accompagne Akemi dans ses derniers instants alors qu’elle a été mortellement blessée lors d’un gigantesque tremblement de terre. Ignorant tout de ce drame, coupé de ses anciens amis, Atsushi attend la fin de la guerre, une paix relative semblant s’être instaurée sur le front, les dirigeants semblant enfin avoir compris leur folie. Malheureusement, il s’agit du calme qui précède la tempête. Cette fois, la fin du monde semble être arrivée.


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Le volume 5 était annoncé par l’auteur comme étant le point culminant de l’histoire et, effectivement, un cycle de la série se termine avec la fin du chapitre 7. Et il se termine mal, comme on pouvait s’y attendre. On atteint ainsi le paroxysme de l’intrigue grâce à une série de situations très fortes allant crescendo jusqu’à la destruction. Ensuite, un brusque changement de rythme avec le début du chapitre 8 permet une respiration et lance la fin de Larme Ultime. Il s’agira d’une fin à la tonalité très différente, ce qui troublera plus d’un lecteur. En attendant, c’est assez étourdi par tout ce qui se passe durant ces 240 pages que l’on referme ce tome sur les retrouvailles entre Shûji et Chise. La petite postface de l’auteur va dans le même sens, car il avoue se laisser de plus en plus porter par le développement des différentes histoires d’amour de ses personnages. Du coup, on comprend mieux l’évolution du récit. A nous aussi de nous laisser porter par ce dernier chant d’amour…


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